Photo of Katia Merten-Lentz

Cet article a été publié sur Les Marchés, le Média de l’alimentaire.

 

Alors que la publication des ordonnances est imminente, petite analyse rapide de ce qu’il reste du projet de loi de Stéphane Travert et des mesures censurées par le Conseil constitutionnel.

Le 25 octobre 2018, le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur la constitutionnalité de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous. Bien que validant le dispositif principal de la loi, cette décision censure près d’un tiers des articles du texte. Par suite, que reste-t-il du projet de loi présenté par Stéphane Travert en janvier 2018?

Ce texte de loi est issu des états généraux de l’alimentation, qui se sont déroulés du 20 juillet au 21 décembre 2017. Présenté par le gouvernement le 31 janvier 2018, il vise principalement à rééquilibrer les relations entre les producteurs agricoles et les grands distributeurs, mais son adoption a fait l’objet de nombreux débats portant tant sur la négociation des prix que sur l’étiquetage ou la composition des denrées alimentaires. Le 2 octobre, après des mois de débats parlementaires intenses, les députés ont finalement adopté le projet de loi qui a été aussitôt déféré devant le juge constitutionnel.

En effet, en votant une question préalable le 25 septembre 2018, le Sénat a rejeté le projet de loi. Bien que les députés aient entériné le texte en nouvelle lecture, les sénateurs ont saisi, le 5 octobre, le Conseil constitutionnel, qui a rendu sa décision le 25 octobre.

 

Censure sévère des « cavaliers législatifs »…

Dans le cadre de ce contrôle de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a pris l’initiative d’écarter de nombreuses dispositions pour des raisons de procédure. Considérant, en effet, que certains articles n’avaient pas de lien « même indirect » avec le texte déposé par le gouvernement en janvier, le juge constitutionnel a censuré un tiers de la loi.

En outre, ce sont principalement les dispositions relatives à l’étiquetage des denrées alimentaires qui ont fait l’objet de censure de la part des juges.

…et de l’étiquetage des denrées alimentaires

Ainsi, l’obligation d’indiquer l’origine de certains produits (huîtres, fromages fermiers, vin, miel) a été écartée, mais aussi l’interdiction des dénominations associées aux produits d’origine animale dans la promotion des produits d’origine végétale et la protection de la dénomination « équitable ».

Ces mesures qui étaient susceptibles de constituer une charge importante pour certains industriels, ne seront donc pas applicables. Mais le sujet pourrait revenir rapidement dans l’hémicycle, car les problématiques d’étiquetage intéressent les parlementaires, qui ont d’ailleurs proposé plusieurs mesures dans le cadre d’un rapport sur l’alimentation industrielle.

L’encadrement des prix et des pratiques commerciales, au cœur du dispositif

Les mesures principales visant à l’harmonisation des pratiques contractuelles dans le secteur agricole survivent. Les dispositions qui visent à encadrer les pratiques commerciales sont également maintenues. À ce titre, le gouvernement dispose d’un délai de 4 mois pour relever le seuil de revente à perte de 10 % pour les denrées alimentaires et d’un délai de 9 mois pour simplifier les définitions des pratiques restrictives de concurrence, notamment en ce qui concerne la rupture brutale des relations commerciales.

La loi publiée au Journal officiel du 1er novembre est entrée en vigueur le 2 novembre. Elle s’appliquera donc aux prochaines négociations commerciales, comme le souhaitait le gouvernement. La publication des ordonnances du gouvernement mettant en œuvre le dispositif, à l’heure où nous bouclons, était imminente.

Photo of Katia Merten-Lentz

Originally published at www.foodnavigator.com on 18 May 2018

The government of president Emmanuel Macron is proposing new legislation further restricting resale at loss. Katia Merten-Lentz, partner at Keller and Heckman, warns this legislation might be contrary to EU Directive and to the jurisprudence of the European Court of Justice.

Resale at loss

France is one of the few European countries to prohibit the resale at a loss: the code of commerce prohibits reselling a product below its actual purchase price. Any trader reselling or even announcing such resale at loss can be fined, with a punitive fine up to 75,000 euro.

This prohibition was issued through a 1986 Ordinance from the Ministry of Economy. The so-called Galland’s Law (1996) defined the “effective purchase price” as the net unit price. Since then, it has been modified several times, most significantly by the Chatel’s law in 2008, with the aim of integrating back margins and thus lower the selling price for the final consumer. Hereafter, the effective purchase price is defined as the net unit price shown on the purchase invoice, minus the total financial benefits granted by the seller, plus taxes on turnover, transport costs and specific taxes.

This legislation is enforced by the French authority (DGCCRF), which recently launched an investigation against the supermarket chain Intermarché following a well-publicised promotion, when the group lowered the price of the well-known spread Nutella by 70%. This promotion caused massive crowds and disturbances at supermarkets, with the fall-out dubbed “Nutella riots”.

New legislation

In order to further restricting such resale at loss, especially during promotions campaigns like the “Nutella riots”, the French government presented on 31 January draft legislation that aims to deliver “fair commercial relations in the agricultural and food sector”.

The general purpose of this new legislation is to end the so-called “price wars” between retailers which prevent, according to the government, the fair distribution of profits between all the players in the food production chain and especially the fair numeration of farmers.

Apart for restricting the possibilities of promotions, the proposed law will increase the threshold of the resale price for food products by 10%, which means that supermarket chains are obliged to sell food products for at least 110% of the purchase price, instead of at least 100%.

The new legislation is to be adopted by way of Ordinance. Once adopted, the Government plans to implement it with executive measures by the end of the year to strengthen the French farmers in their negotiations with the food industry and retailers.

Critics raised concerns about the final costs of the new legislation for consumers, which could easily add up to €5bn in price increases of food products.

Contrary to EU Law

Resale at loss is an attractive marketing tool to consumers and thus part of an operator’s commercial strategy of promotion and sales development. As such, it is not considered as “unfair” commercial practices under EU legislation.

EU Directive (2005/29/EC) on unfair commercial practices sets the rules for unfair business-to-consumer practices in the internal market. In order to maximize harmonization within the European Union, Member States may not adopt stricter measures than those provided for in this Directive.

The European Court of Justice recently examined the compatibility of a resale at loss prohibition with the Unfair Commercial Practices Directive. In October 2017, it ruled that “a national provision … which contains a general prohibition on offering for sale or selling goods at a loss” was not compatible, because this measure was stricter than those provided for in the Directive.

This decision is also remarkable because the particular case concerned a business-to-business transaction: the Spanish local government fined a wholesaler who sold its products to retailers below purchase price. And although no consumers were involved, the European Court of Justice ruled that as the national provision also “seeks to protect consumers” and the fact that “sales by wholesalers to small retailers … affect the consumer”, this provision was contrary to the Directive setting the rules for unfair business-to-consumer practices.

Given the various objectives of the new French Legislation, combined with the extensive interpretation of the scope of EU Directive of unfair commercials practices by the European Court of Justice, it is entirely possible that the legislation proposed by the French Government will be contrary to EU Law.